Bien dormir pour bien vieillir

Par Géraldine Rauchs

Géraldine Rauchs, chercheur à l’Inserm, est responsable des explorations du sommeil dans l’étude Silver Santé Study et s’intéresse plus particulièrement à l’impact de la qualité du sommeil sur le cerveau et la cognition.

Le sommeil occupe une part essentielle de nos vies. Ses fonctions sont multiples : il contribue à la maturation du cerveau pendant les premières années de la vie, permet la croissance et la réparation tissulaire grâce à la sécrétion de l’hormone de croissance, favorise la consolidation de nos souvenirs en mémoire à long terme, et permet un fonctionnement efficace de notre système immunitaire. Des études récentes suggèrent que le sommeil pourrait également contribuer à l’élimination des déchets toxiques qui s’accumulent dans le cerveau au cours de la journée, notamment le peptide beta-amyloïde qui est communément associé à la maladie d’Alzheimer. Si cette hypothèse est confirmée, un sommeil de mauvaise qualité pourrait donc augmenter le risque de développer cette maladie.

Depuis près de 5 ans, nous nous intéressons aux modifications du sommeil au cours du vieillissement. Nous utilisons différents outils complémentaires pour étudier le sommeil : des questionnaires du sommeil, l’actimétrie (méthode consistant à enregistrer les mouvements d’une personne pendant plusieurs jours pour obtenir des informations sur le cycle activité-repos) et la polysomnographie (enregistrement de l’activité électrique du cerveau, des mouvements des yeux et du tonus musculaire grâce à des électrodes). Les mesures de sommeil obtenues sont combinées à des données de neuroimagerie de pointe, dont l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour mesurer le volume du cerveau et la tomographie par émission de positrons (TEP) pour mesurer son fonctionnement ou visualiser les dépôts amyloïdes, une des lésions typiques de la maladie d’Alzheimer.

Nous avons montré que les personnes âgées qui se plaignent de difficultés récurrentes à s’endormir présentent plus des dépôts amyloïdes que les personnes tombant aisément dans les bras de Morphée. En outre, les personnes qui se réveillent fréquemment pendant la nuit ont également un volume de matière grise plus faible dans une petite région du cerveau appelée l’insula, impliquée dans certains rythmes de sommeil. Ces résultats ont été obtenus à partir de questionnaires sur le sommeil, mais des analyses préliminaires utilisant des mesures objectives de sommeil confirment qu’un sommeil de mauvaise qualité est associé à des atteintes cérébrales plus importantes et de moins bonnes performances cognitives. À première vue, ces résultats peuvent paraître particulièrement alarmants. Mais il est important de garder à l’esprit que nous pouvons améliorer notre qualité de sommeil sans prendre de somnifères. Par exemple, l’exposition à la lumière du jour ou l’activité physique peut être un moyen efficace d’améliorer le sommeil.

Dans l’étude Silver Santé Study, une partie de notre travail vise à identifier les facteurs liés au mode de vie qui peuvent freiner ou accélérer le taux de déclin cognitif avec l’âge. Parmi ces facteurs, nous sommes de plus en plus convaincus que le sommeil peut être un facteur élément important à prendre en compte afin de prévenir le déclin cognitif et de réduire le risque de maladie d’Alzheimer. Nous faisons également l’hypothèse que des activités d’entraînement cérébral telles que la méditation et l’apprentissage de langues étrangères peuvent aider à améliorer la qualité du sommeil et permettre le bon fonctionnement de notre cerveau.

 

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